Nef des fous

La Nef des Fous, le carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous ... Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage...

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La nef des fous
Carnet de bord de Jean-Pierre Humbert

La nef des fous … Le carnet de bord de mes aventures et de mes rencontres picturales … Avec moi, larguez les amarres et voyagez au long cours en position assise … Naviguons gaiement, ensemble vers l’inéluctable naufrage…

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Souvenir de l’exposition des gravures d’Aleksandr Kalugin à la Galerie Contraste en 1990
Une manifestation organisée à la parution de sa gravure
Razbudil-Le réveil (Voir ci-dessous)


C’était il y a 30 ans, la dernière semaine de l’année 1989. La pérestroïka initiée en 1985 par monsieur Gorbatchev approche de son dénouement qui, dès l’été 1991, verra l’éclatement de l’URSS. Avec mon fils Mirko (9 ans à l’époque), je m’étais rendu à Moscou à la rencontre d’Aleksandr Kalugin, afin de récupérer le tirage de la gravure Razbudil-Le réveil que je lui avais commandée pour l’édition 1990 de l’abonnement d’estampes Artistes Européens. À chaque parution de cet abonnement, j’organisais une exposition des œuvres de l’artiste invité. J’étais donc aussi là pour choisir et transporter une cinquantaine de gravures d’Aleksandr destinées à être exposées à la Galerie Contraste.

Pour se rendre en URSS, il était de règle de voyager en groupe et d’être encadré par des officiels. C’est donc en bonne compagnie que nous sommes arrivés à l’hôtel qui nous était réservé. Dès le lendemain, Jacques Barberis, qui était à la maison en URSS, nous a rejoint. Nous avons pris nos distances avec le groupe et avons visité la ville au gré des initiatives inspirées de Jacques, notre mentor personnel. Il nous a fait vivre une semaine truffée de bonnes surprises. Outre la rencontre avec Tamara et Aleksandr Kalugin, parmi de nombreux très bons souvenirs, je retiens notre passage aux bains Sandouny qui n’avaient pas encore subi les “bienfaits” de la privatisation. En très bonne compagnie, nous y avons passé quelques inoubliables heures dans une saine ambiance crépusculaire.

Au moment du départ, le 31 décembre 1989, en vue du transport en bus jusqu’à l’aéroport de Cheremetievo, nous avons retrouvé notre groupe et le guide officiel dans le hall de l’hôtel. Aleksandr, Jacques et moi étions inquiets car je m’apprêtais à sortir toutes les œuvres d’Aleksandr clandestinement. Si je me faisais pincer au passage de la douane, les répercussions auraient été dramatiques pour Aleksandr, qui, pour ses créations satiriques, avait subi de longs séjours en clinique psychiatrique en 1974, en 1982 et en 1988. J’avais acheté de nombreux posters d’expositions d’un format de plus ou moins 70×100 cm, destinés à dissimuler les estampes. Le groupe était constitué d’une vingtaine de personnes. Nous avions préparé autant de rouleaux. Les deux-tiers étaient faits de gravures enveloppées dans 2 ou 3 affiches enroulées, et le tiers restant n’était constitué que de posters. J’ai expliqué la situation à ces compagnons de voyage parfaitement inconnus, et je leur ai proposé de prendre chacun un rouleau, le temps de passer la douane. Ils ont tous accepté de le faire. Avais-je été particulièrement éloquent ou était-ce la présence d’un enfant en ma compagnie qui les a convaincus? Cette confiance reste un mystère pour moi.

À quelques minutes de minuit, notre avion était le dernier à quitter l’aéroport en 1989. Postés derrière la barrière de verre qui les séparaient des partants, Aleksandr et Jacques suivaient anxieux le contrôle de notre groupe par un fonctionnaire grincheux vêtu d’un uniforme. Qu’y a-t-il dans ce grand rouleau? Des posters! Des posters, une fois, des posters deux fois, trois fois, quatre fois, cinq fois… Monsieur, j’aimerais les voir s’il vous plaît. Grand moment de tension dans un aéroport soviétique presque désert. Mirko et moi sommes juste derrière la personne contrôlée. Sereinement, elle déroule son colis qui, une chance sur trois, ne contenait pas de gravures d’Aleksandr… Sourire du douanier qui, pressé d’en finir et de réveillonner, nous a ensuite tous laissés passer sans la moindre tracasserie… Ouf!, enfin détendus, Aleksandr et Jacques nous saluent discrètement et sortent de Cheremetievo.

Arrivés à Zürich au petit matin du premier jour de l’année 1990, nous n’avions qu’une Bonne et Heureuse Année 1990 à déclarer!

En 1990, Tamara et Aleksandr Kalugin ont obtenu un visa de sortie d’URSS pour participer au vernissage de l’exposition que j’avais intitulée Voyagez à l’œil. Ils quittaient le pays pour la première fois. L’exposition fut un grand succès; la presse, les visiteurs et les ventes étaient au rendez-vous. Par la suite, nous avons plusieurs fois collaboré avec Aleksandr Kalugin, avec à chaque fois le sentiment de vivre une aventure.

 

LE RÉVEIL – La gravure qu’Aleksandr Kalugin à réalisée en 1989 pour l’édition 1990 de l’abonnement Artistes européens

 


Croquis et gravure d’Aleksandr Kalugin – Photo JPH

Lors de son premier séjour à Fribourg en 1990, Aleksandr a dessiné, puis gravé, la maison située à l’angle de la rue Grimoux et de la rue d’Alt qu’il voyait depuis la chambre qu’il occupait avec sa femme Tamara. Sous sa pointe à graver, le paisible et vétuste immeuble destiné à la démolition qu’il voyait par la fenêtre, a pris des allures de ruine en voie de végétalisation. Depuis, à cet endroit, main dans la main, promoteurs et autorités ont concrétisé leurs projets de densification et de rationalisation. Parfaitement géométriques, petits et grands immeubles chantent la mélopée lancinante de la victoire du béton confortable et du triomphe des têtes carrées.

 

Affiche – UN HÔTE BRUYANT et LE DESSERT – Les deux gravures qu’Aleksandr Kalugin à réalisée pour l’édition 2001 de l’abonnement Fribourg, vu d’ailleurs

 

LA GRANDE LESSIVE – Eau-forte d’Aleksandr Kalugin

 

Aleksandr Kalugin et une de ses peintures – Photo copiée sur internet

 

Devant une de ses peintures, Aleksandr Kalugin accompagné d’un jeune admirateur – Photo copiée sur internet

 LA MÈRE – JPH – 2008-1987 – Technique mixte

 

Chers amis abonnés à La Nef des Fous

Pour vous souhaiter une très belle Fête de Noël, je vous offre cinq représentations de la nativité. Vous connaissez probablement déjà certaines de ces œuvres. À part la belle peinture Le nouveau-né de Georges de la Tour et La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg, les images reproduites ont été réalisées par des artistes fribourgeois. Que la sérénité soit avec les passagers de notre nef. Amitiés et Joyeux Noël, JPH

 

LE NOUVEAU-NÉ – Peinture de Georges de la Tour (1593–1652)
Lien sur l’article de wikipedia : https://fr.wikipedia.org/wiki/Georges_de_La_Tour

 

NATIVITÉ – Armand Niquille (1912-1996) – Huile et tempéra sur panneau – Le site : https://www.armand-niquille.ch/

 

La crèche napolitaine de Notre Dame à Fribourg – Photo de Luca Barbieri pour le blog du Bourg – Intéressant : RTS émission du 04 décembre 2003 (27 secondes)

«Cette crèche est arrivée ici grâce à un concours de circonstances favorables», explique Ivan Andrey, responsable cantonal des biens culturels meubles. Son acquisition est due à Mgr John Rast (1895-1981), recteur de Notre-Dame dès 1929. Et secrétaire particulier de Mgr Filippo Bernardini, nonce apostolique à Berne, qui a trouvé cette crèche napolitaine en 1940, chez un antiquaire de Rome. «C’est exceptionnel qu’une église comme Notre-Dame achète une telle crèche, affirme Ivan Andrey. Surprenante à Fribourg, elle tranche avec la tradition sulpicienne.» Son hypothèse: l’achat peut s’expliquer par le fait que «Notre-Dame était basilique depuis 1932. Son modèle était Santa Maria Maggiore, à Rome, où se trouve une relique de la Crèche.»

Un premier décor a été mis en place pour Noël 1941. Le vol de plusieurs animaux, l’année suivante, contraint à la protéger par une vitre. Mais la crèche était toujours montée et démontée chaque année. En 1965, elle est installée de manière permanente, dans une vitrine, et complétée d’un ciel et d’un sol. Aujourd’hui, les nouveaux panneaux de bois de l’arrière de la vitrine sont placés à 5 cm des murs, désormais isolés. Un circuit de fils de cuivre tempère cet espace. La température intérieure est stabilisée entre 16 et 17 degrés, avec 50% d’humidité. Sur la droite, une deuxième ouverture permet un autre point de vue sur l’entrée du village. L’ensemble de la restauration a coûté 240000 francs. Elle a aussi permis de dater les figurines, réalisées aux XVIIIe et XIXe siècles. La ruine romaine, seul élément conservé de l’ancien décor, date de 1935. Unique en Suisse («Il existe des modules, mais pas de crèches entières», précise le restaurateur Christophe Zindel), cette œuvre est protégée par un store, qui s’ouvre contre une pièce de monnaie. Extrait de l’article d’Eric Bulliard pour le journal La Gruyères – 23 décembre 2003

 

LES ROIS MAGES – Pointe-sèche de Teddy Aeby (1928-1992)
Voir sur mon blog, l’article que j’ai consacré à Teddy Aeby

 


PUBLICITÉ MENSONGÈRE – Peinture acrylique – JPH – 2014

 

Pour une promotion touristique efficace,
Pour la prospérité des entreprises de la région,
Pour une reconnaissance internationale de notre canton,
Je suis prêt à me dévouer.
Avec mes projets de chirurgie plastique du paysage,
Je suis disposé à remodeler complètement le visage du pays.
J’espère être aussi efficace que nos élites,
Et que, comme elles, je saurai me servir et disparaître.


LA GREFFE – Technique mixte – JPH – 2009-1990 – Passé recomposé


VITRINE DU TEMPS PRÉSENT – Texte et image JPH – Technique mixte – 1978

 

En 1978, le temps présent existait déjà. Ce devait être sa manière d’avoir de l’avance sur son époque. Nous avons donc eu la chance de le voir venir de loin. Séduits par ses atours spectaculaires, nous sommes nombreux à avoir minimisé les pièges raffinés qu’il nous réservait.

Avec les stands des artisans, des animations, des concerts et dès 17 heures, le traditionnel cortège; les festivités de la St-Nicolas de Fribourg, organisées par les élèves du Collège St-Michel, auront lieu le samedi 7 décembre 2019. Vous trouverez le programme officiel en cliquant sur ce lien :  https://www.st-nicolas.ch/fr.

Depuis 20 ans, la Galerie Contraste participe à la fête. Elle sera ouverte le 7 décembre de 11 à 18 heures.

Quand, dans la cohue, vous aurez fait dix fois le tour du marché de la Saint-Nicolas, nous vous suggérons de vous encorder et de grimper en face du Musée Tinguely, jusqu’au numéro 6 de la ruelle des Cordeliers.

EXPOSITION – Jean-Pierre HUMBERT – Réchauffement esthétique… suite


SAINT-NICOLAS, le retour – Peinture – JPH – 2013

 

UN PEU D’HISTOIRE…

Chaque année, le Collège St-Michel met en vente sa carte de la St-Nicolas. Les bénéfices de cette entreprise contribuent au financement de la fête. La carte est  l’œuvre de l’élève vainqueur du concours de dessin organisé par l’institution. Feu Louis Dietrich, qui fut professeur et proviseur au Collège St-Michel, avait collectionné et documenté toutes les cartes éditées depuis la première parue en 1906. Ses enfants et petits-enfants on pris le relais. En 2013, pour le lancement du site internet https://www.cartes-saint-nicolas.ch/, avec leur soutien, la Galerie Contraste avait organisé une belle exposition d’une partie de ces cartes. Depuis, chaque année dans un endroit différent, la famille Dietrich organise, avec talent et succès, une exposition originale de la collection. À voir du 14 novembre 2019 au 4 janvier 2020 à la Bibliothèque de la Ville de Fribourg – Renseignements :  https://www.ville-fribourg.ch/bibliothequeVisite commentée par Jacques Dietrich le 4 décembre 2019 à 12:30.

Copié sur le site de la collection Dietrich, j’ai reproduit, ci-dessous, le texte de présentation historique de la fête et de la publication des cartes de la St-Nicolas.

Galerie Contraste – décembre 2013 – Exposition de la collection Dietrich de cartes de la St-Nicolas

 

DU GRAND SAINT NICOLAS, CÉLÉBRONS LA MÉMOIRE …

… Sur l’éclat de sa vie ayons toujours les yeux
Par plus d’une victoire, vivant dans ces bas-lieux
Il mérita la gloire
Des Cieux !
C’est ainsi que commence la  traditionnelle Complainte qui rythme depuis toujours la solennelle démarche du cortège de la Saint-Nicolas à Fribourg. D’ailleurs, dans l’approche grise de ce premier samedi de décembre, les écoles ont déjà résonné aux accents de la vigoureuse chanson de l’Abbé Joseph Bovet (1879-1951):
C’est l’hiver tout est glacé
Novembre est bientôt passé
Entonnons un tra-le-ra-la-la,
Elle arrive  la Saint-Nicolas !
Simultanément apparaissent dans les rues, ou sur notre palier, de jeunes collégiens qui nous proposent d’acheter la carte de la Saint-Nicolas. C’est à cet humble témoignage artistique qu’est consacrée cette collection. Mais commençons d’abord par un bref

RAPPEL HISTORIQUE

La célébration particulière et publique de la Saint-Nicolas s’explique naturellement par le fait que le thaumaturge évêque de Myre, qui assista au Concile de Nicée en 325, fut le patron de la Ville de Fribourg dès sa fondation par le Duc Berthold IV de Zaehringen, en 1157. Il existait déjà sur cet emplacement une bourgade et une chapelle dédiée à Notre-Dame. Plus proche du château que construisait le Duc, est attestée une église dédiée à Saint Nicolas dont quelques bribes des fondations retrouvées remontent à 1178. La ville se développa rapidement, Berthold IV ayant accordé aux bourgeois des franchises intéressantes.

Il fallut donc donner à ses habitants une église plus grande et plus belle, tout en conservant le même Saint Patron. Elle fut consacrée en 1182 par l’Évêque Roger de Lausanne. Nouvelle étape dans l’histoire de Fribourg en 1277 où la ville passa sous la domination de l’Empereur Rodolphe de Habsbourg. A son instigation, la première pierre d’une église plus vaste fut posée en 1283, signe d’une augmentation du nombre des habitants. La construction durera un peu plus de deux cents ans : c’est, compte tenu des rénovations périodiques, l’actuelle cathédrale de Saint Nicolas, d’où part toute l’histoire de sa fête patronale.

Dès le Haut Moyen Âge, la liturgie avait accentué l’aspect théâtral des rites religieux chrétiens. La population dans son ensemble étant illettrée, il fallait trouver d’autres moyens que le texte pour instruire les fidèles et graver dans les esprits des attitudes conduisant à la prière. C’est ainsi que les vitraux racontent l’Évangile tout en laissant entrer la lumière sous  les sombres voûtes de pierre. Ainsi, des scènes tirées des Saintes Écritures sont-elles jouées sur le parvis des cathédrales, et c’est la naissance du théâtre dans l’Occident chrétien. Ainsi encore, des cortèges de saints personnages étaient organisés pour préparer, ou suivre, la célébration liturgique. Ils coïncidèrent rapidement avec des manifestations très laïques accompagnées de réjouissances populaires.

C’est le cas à Fribourg du cortège des jeunes filles à la Sainte-Catherine (25 novembre) ou de la Marche à l’Étoile qui déroulait ses fastes militaires et ses astuces mécaniques sur la Place Notre-Dame à l’occasion de l’Épiphanie. C’est le cas aussi du Cortège de la Saint-Nicolas, qui naquit de la grande Foire médiévale du début de l’hiver, appelée fort opportunément “Foire aux étrennes”. Habituelle à l’époque dans tout chef-lieu commerçant, elle ressemblait fort à ces ” Marchés de Noël ” que l’on fait revivre un peu partout de nos jours. Des lanternes et des flambeaux éclairaient de petites baraques à l’auvent rabattu. Les marchands y étalaient des biscômes et des jouets qu’achetaient les parents. Ces derniers maintenaient les tout petits dans l’idée que le Saint viendrait en personne leur apporter des cadeaux.

Avant de se coucher, les enfants préparaient un peu de foin et de sel pour l’âne. Quant au cortège, il fut d’abord une procession à la sortie de la grand-messe. Le même après-midi, défilaient les enfants des écoles dont quelques-uns étaient costumés de manière à représenter Saint-Nicolas, son porte-crosse et un diacre d’honneur. Venaient ensuite les coralis ou membres de la petite maîtrise de Saint-Nicolas, chantant des hymnes et des cantiques. Il y avait aussi des musiciens jouant de la trompette. La procession faisait trois fois le tour de l’église puis parcourait les rues de la cité. De temps en temps, le pseudo-évêque donnait sa bénédiction et disant « Pax et benedictio super hanc urbem et super omnes habitantes in ea ». (Paix et bénédiction sur cette ville et sur tous ses habitants). La cohabitation d’une Foire et d’un saint cortège ne fut pas facile, les excès de l’une faisant du tort à l’autre. C’est ainsi qu’un édit du Petit Conseil de Fribourg, du 3 décembre 1764, frappa d’interdit toute céleste présence parmi les excès des ivrognes et les débordements moraux entraînés par les mouvements d’une foule commerçante en goguette. Le cortège fut supprimé ! Mais le « Marché aux étrennes » subsista et les croyances enfantines avec lui.

RENAISSANCE DE LA TRADITION

Assez rapidement, la Foire reprit ses droits sans référence religieuse et dans le plus grand désordre : elle devint une sorte de fête de la jeunesse. Ce soir-là, tous les élèves externes du Collège se trouvaient dans les rues, de même d’ailleurs que les gentes demoiselles si étroitement tenues à l’écart tout le reste de l’année. D’où les cris : « Achetez des verges pour fouetter les filles » et les actions bénignes ou plus violentes qui s’ensuivaient. Mais cette animation plaisait assez à un vaste public.

Plus sagement, au Collège Saint-Michel, fondé par Pierre Canisius dans la mouvance de la contre-Réforme en 1582, la fête reprit ses droits parmi les élèves de l’Internat : la soirée était agrémentée de prestations théâtrales et musicales, et surtout, les élèves jouissaient ce soir-là d’un droit à la satire vis-à-vis de leurs professeurs . Ils montaient une sorte de Revue au cours de laquelle Saint Nicolas en personne remettait des cadeaux dérisoires (un  rasoir, par exemple, à un professeur jugé trop ennuyeux !) Il est difficile de fixer l’année où commença cette coutume. Nous possédons le programme de la Saint-Nicolas 1895, fort bien dessiné, mais la tradition était à ce moment-là déjà ancienne et bien rodée. Cette précision  n’est pas étrangère  à notre sujet, car nous allons rencontrer, dans la collection, des années où paraissent deux cartes, l’une « officielle » et l’autre destinée à la Fête de l’Internat. D’autre part, il est vraisemblable que la reprise du cortège en ville ne soit pas étrangère à l’esprit qui régnait dans les classes du Collège, où les élèves internes devaient sans doute raconter leurs exploits.

C’est donc ainsi qu’à l’approche de l’hiver 1906, un groupe d’étudiants du Collège Saint-Michel ressentit l’envie de faire revivre l’antique tradition. Ils se préparèrent dans le plus grand secret, pensant organiser une farce, et redoutant que la Direction du Collège ne la trouve pas à son goût. Contrairement à leur crainte, un immense  succès couronna leur initiative. Comme ils étaient élèves de la sixième classe du Gymnase, appelée “Classe de rhétorique”, cette classe-là fut traditionnellement, puis officiellement, chargée d’organiser la manifestation. Le premier cortège eut donc lieu le samedi 8 décembre 1906.Actuellement, la coutume, avec quelques ajouts au cours des ans, se déroule de la manière suivante :
Le premier samedi de décembre, à la tombée de la nuit, soit vers 17 h.15, un cortège quitte les hauteurs du Collège. Il est ouvert par un groupe de musiciens de la Fanfare du Collège. Suit un ensemble de fifres et tambours dont les airs alternent avec le chant de la Complainte, interprété par de jeunes adolescents.  Saint Nicolas monté sur son âne est entouré de deux porteurs, dont les hottes sont emplies de biscômes : il y puise généreusement pour lancer cette variante locale des pains d’épices sur la foule en joie. Figurent aussi en costumes l’ânier et le boucher sorti tout droit de la légende des trois enfants ressuscités. N’oublions pas les Pères Fouettards chargés de résister à la pression de la foule. Tout le cortège est entouré de torches, portées par des collégiens et, depuis peu, par des collégiennes.

Après un long parcours dans les rues de la cité, on arrive à la Cathédrale. C’est là que la Fête atteint son sommet : Saint Nicolas adresse à la foule un discours chargé d’actualité du haut de la terrasse devant la grande rosace gothique. Un jeu de lumières le met en valeur.  Spectacle magnifique pour une foule qui se serre au coude à coude sur la place et dans les rues avoisinantes. (Notons que Saint Nicolas est, à Fribourg, la seule personne à utiliser cette terrasse.)
Depuis bientôt trente ans, l’Évêque du Diocèse rencontre son homologue d’un jour sous le porche de la cathédrale. Il le salue d’une cordiale poignée de main, voire d’une accolade, avant d’inviter tous les enfants à une messe célébrée pour eux à l’intérieur du sanctuaire.

Louis Dietrich

 

DÉCEMBRE À FRIBOURG – Gravure – JPH – 1997 

VALEUR AJOUTÉE – JPH – 1996 – Technique mixte

Les publications à compte d’auteur ont mauvaise presse. L’écrivain, poète, peintre, photographe, philosophe, paie la publication de son projet de ses propres deniers. Les plus prudents confient, à leurs frais, leur œuvre à un éditeur pratiquant le compte d’auteur. Les inconscients, eux, s’occupent de tout: création, impression, diffusion, et si leur ouvrage ne se vend pas, bien sûr ils casquent. Hommes ou femmes, les auteurs qui ont recours à ce modèle d’édition sont généralement regardés avec condescendance.

Qu’en est-il des publications assumées par des éditeurs réputés, des éditeurs sérieux, des éditeurs qui choisissent leurs auteurs ? Qu’ils soient médiocres ou géniaux, ces derniers changent de statut. Généralement, ils abandonnent leur costume de clown pour revêtir une tenue digne d’eux-mêmes, le prestige de leur condition est tel qu’ils pourraient avantageusement se permettre de s’exhiber à poil.

Comment fonctionnement les maisons d’édition officielles ? En Suisse, dans ce milieu, nous avons affaire à des personnes circonspectes, précautionneuses. Des entrepreneurs respectables et responsables qui comptent parfois avec l’apport financier qu’amène le lectorat, quand l’auteur en a un, et régulièrement avec l’apport de subsides étatiques ou privés. Ces subsides financent occasionnellement le travail de l’auteur, souvent celui de l’éditeur, et quelques fois, les deux. Si vous lisez l’impressum des livres publiés, vous constaterez avec plaisir que, lorsqu’ils ont massivement bénéficié des mannes publiques et privées, ils sont fréquemment imprimés à l’étranger. Dans un tel système, on pourrait se demander pourquoi les imprimeurs et les relieurs devraient affronter la concurrence sans aucune aide ?

Revenons en au sujet. En résumé, l’édition à compte d’auteur implique un engagement financier total de l’auteur, alors que, pour maintenir la voilure et le rythme, l’édition officielle s’appuie largement sur un financement institutionnel en grande partie constitué par l’impôt. Bien sûr, le succès d’un ouvrage édité à compte d’auteur est plus lucratif. Mais il survient aussi rarement qu’aux publications stipendiées.

Si vous êtes abonnés à mon blog, et si vous recevez mes messages par la poste ou par courrier électronique, vous savez qu’en 2018, les éditions Contraste ont publié une monographie intitulée ANACHRONIQUES Jean-Pierre HUMBERT  Dessins, peintures, gravures, lithographies, sérigraphies, vitraux, mosaïques, objets, écriture. Il y a même de bonnes chances que vous ayez commandé l’une ou l’autre version de cet ouvrage et je vous en remercie. Lorsque j’ai décidé de le publier, j’ai proposé mon projet à des éditeurs institutionnels de notre pays. Intéressés par cette aventure qui promettait une belle course d’obstacles financiers, ils voulaient bien se lancer à condition que nous entamions, chacun de son côté, la frénétique danse rituelle du requérant en arts en tous genres. Dans ces conditions, j’ai renoncé à collaborer avec ces éditeurs bien qu’ils soient très compétents et très sympathiques et que la diffusion du livre aurait certainement été meilleure qu’elle ne l’est. Évidemment, ils ne sont pas responsables du fait que je ne supporte plus le bal ridicule de la mendicité imposée par des fonctionnaires, principaux bénéficiaires du financement de la “culture”. Mon évocation de ce monde et de ce système s’arrête là. N’empêche, il y aurait matière à entreprendre une enquête méthodique…

Pour produire mon livre, j’ai finalement choisi les Éditions Contraste, dont je suis le principal animateur. Il s’agit en conséquence d’une affaire à compte d’auteur et à compte d’éditeur, puisque je n’ai sollicité aucun subside et que, comble d’arrogance, j’ai fait imprimer le livre à l’imprimerie St-Paul à Fribourg en Suisse.

Le temps des cadeaux revient en force. Pris dans le courant, je vous informe qu’il reste encore quelques exemplaires de mes ANACHRONIQUES à vendre. Pour commander : en ligne – https://jphumbert.ch/publications/livres/anachroniques ou par e-mail info@jphumbert.ch et à emporter à la Galerie Contraste à la ruelle des Cordeliers 6 à Fribourg (Pour être sûr de m’y trouver, appelez le 078 875 96 66 avant de venir).

 

V – JPH – 1998 – Technique mixte

Au jour le jour – J-P Humbert 1993 – lithographie


L’infini c’est maintenant

Texte d’Ivan Sigg

Il n’y a plus un chat-pensée
Dans ma cité-tête
J’ai ouvert les fenêtres
De mes sens
Aux quatre vents

Mes yeux sont frais du jour
Le trafic des mots
Des jugements et des idées
N’embouteille plus les rues
De mon cerveau-ville

Le silence est doux et puissant
Fait de chants d’arbres et d’oiseaux
Et le champ des possibles
Se redéploie
À l’infini

Toutes mes mémoires se sont tues
Les psychologiques végètent
Dans des malles de grenier
Les techniques dans des classeurs
Qui ne s’ouvrent qu’à bon escient

Sous mes pieds
Le passé s’étiole
L’attention circulaire au monde
rompt toutes mes attaches
Il n’y a plus que le présent

Je n’attends plus la mort
Car je meurs à moi-même
à chaque instant
L’éternité c’est maintenant
Je suis prêt à te rencontrer


Textes pour le concours littéraire organisé à l’occasion de
l’exposition de Jean-Pierre Humbert à la Médiathèque de Rueil-Malmaison:

2012-textes-concours-rueil

Le premier prix du concours a été attribué à Ivan Sigg,
par un jury composé de 3 personnes


PARTAGÉ – 1978 – Gravure (eau-forte, aquatinte) – Texte et gravure de JPH

Ma première gravure. Elle m’a été commandée en 1978 par Michel Terrapon (1932-†1989). Alors conservateur du Musée d’Art et d’Histoire de Fribourg, il était aussi un excellent graveur sur bois. Je garde un souvenir lumineux des années qu’il a passées à la direction du musée.

C’est René-Agass Baumgartner (1948-†2011) qui m’a initié à la gravure dans son atelier de la Grand-Rue à Fribourg et qui a imprimé cette première création. Il a conforté ma passion naissante pour la gravure en taille-douce, qui s’ajoutait à celle que j’avais déjà pour la lithographie et la sérigraphie. De 1985 à 2005, en plus de mes propres réalisations, le virus de l’estampe m’a occupé à plein temps en qualité d’éditeur et d’imprimeur. Depuis 2006, j’ai renoncé à mon activité d’imprimeur et d’éditeur d’estampes pour consacrer plus de temps à la réalisation de mes œuvres.

Ma gravure Partagé n’a, semble-t-il, pas eu un grand succès commercial. Cela ne m’étonne pas car elle est l’expression d’une problématique. Aujourd’hui, avec un appréciable recul de plus de 40 ans, j’y vois un autoportrait qui escamote les traits de mon visage pour révéler une caractéristique de ma nature: Partagé ? Effectivement, je suis partagé entre le besoin de plaire, de ne pas déranger et celui de voir et de montrer le monde tel qu’il est à mes yeux. Comment choisir entre les activités d’éditeur, d’imprimeur, de galeriste, d’artiste, d’enseignant, et l’envie de paresser ou de rêvasser ? Je n’ai pas su trancher et cela a beaucoup contrarié mon tempérament de perfectionniste. Un peu comme mon vieil ami Léonard (1452-†1519), je me suis dispersé, et malheureusement, cela a eu une influence négative sur la qualité de nos prestations. Sournoise nature qui nous a gratifié de tant de dons et qui nous refuse celui d’ubiquité qui nous aurait fait tellement de bien.


Photos – JPH – Juillet 2019

Dans le quartier de Dorcol à Belgrade, un inconditionnel et anonyme supporter du Partizan Belgrade, amateur de poésie, de sport et de dessin a réalisé de très nombreux graffitis en hommage à quelques personnalités connues pour leur attachement  à ce club omnisports. Ces portraits ne représentent, semble-t-il, que des personnes décédées. J’en ai photographié quelques-uns. J’aime beaucoup l’atmosphère de cet intéressant coin de ville très arborisé…

De haut en bas et de gauche à droite, la traduction du commentaire qui accompagne chacun des tags reproduits

Portrait de l’écrivain et poète Dobrica Eric 1936-2019 – Quel est ce boucan plus fort que les bourrasques et les tempêtes ? Ce sont les chants des supporters du Partizan Belgrade

Portrait du comédien Slobodan Aligrudic 1934-1985 – J’aimerais que les fans (grobari) sachent que le plus chaud supporter du Partizan Belgrade était un artiste

Portrait du réalisateur de cinéma Sloba Novakovic1939-2007 – Hors-jeu aveugle

Portrait du comédien Zoran Radmilovic 1933-1985

Portrait du comédien Mija Aleksic – Toujours plus de jeunes supporter du Partizan Belgrade

Portrait de l’acteur et comédien Petar Banicevic 1930-2006

Portrait du producteur de musique Sasa Aleks 1936-2019

D’autres informations sur Google, en tapant notamment “The Sublime Partizan Graffiti of Dorcol, Belgrade”

Ci-dessus, un aperçu de l’addition des 7 passages que j’ai dessinés pour réaliser la lithographie Passé décomposé. Avis aux amateurs, il reste un seul exemplaire à vendre.

PASSÉ DÉCOMPOSÉ – Lithographie – JPH 1993

Du 8 au 29 novembre 2012, la Médiathèque Jacques Baumel de Rueil-Malmaison a abrité une exposition de mes œuvres. À cette occasion, par le biais d’internet, la Galerie Contraste avait organisé, un concours littéraire ouvert à tous. Les participants étaient invités à «illustrer» ma lithographie Passé décomposé. Parmi les 74 textes reçus en provenance de toute la francophonie, le jury composé de 5 personnes a attribué le premier prix au plus court d’entre eux, un bel haïku de l’artiste peintre romancier, parisien aux origines suisses, Ivan Sigg. http://ivansigg.over-blog.com/


PASSÉ DÉCOMPOSÉ

Ô ville/molaire
Dans la gencive du ciel
Cariée par le temps
Ivan Sigg